mardi 1 juin 2010

Anastasie l'ennui m'anesthésie (parole de François Béranger)



(Illustrations: Anastasie, gravure d’André Gill, 1874 - La Censure, gravure de Granville, 1832 - Anastasie, carte postale)

Gardienne des « bonnes mœurs » ou de l’orthodoxie politique, elle s’emparait des manuscrits, des livres, des gravures ou des tableaux dans lesquels elle taillait sans aucune subtilité, à l’aide de ses grands ciseaux.

Aujourd'hui, la majorité des artistes ou de journalistes s'auto-censure en amont de publication, ce qui n'empêche pas la censure de s’exercer a posteriori.
Conscient que ses interventions peuvent être considérées impopulaires, l'état a
privatisée Anastasie en accordant à des associations et des communautés le droit de mener en justice au nom d’un prétendu préjudice, et d’un « intérêt général » derrière lequel se dissimulent leurs propres visions du monde, et où l'État décide toujours à la fin (main mise sur la justice et le vote de toutes nouvelles lois et amendements). Il ne faut pas oublier, non plus, les individus médiatiques ou médiatisés qui au nom d'une république ou de toutes autres structures prennent des décisions qui ne valent que pour eux-même, leurs finances ou leur carrière et se retournent contre ceux qui ont eux le courage de les épingler à juste titre.



Anastase Ier, Pape Romain de 399 à 401, condamna les doctrines d’Origène (fils de Léonidas; ascétisme et chasteté; reconnu pour son exégèse du christianisme biblique et du créationnisme) et les Donatistes (mouvement chrétien hérétique et extrémiste), ainsi que tous les ouvrages qui ne correspondaient pas à la cosmologie chrétienne.

La censure chrétienne est appelée "Anastasie"
en rappel de cette période de prohibition cognitive.

Anastasius était considéré comme un homme de conciliation car il se montra très attentif au retour paisible des chrétiens qui, devant la persécution, avaient cédé par faiblesse à ce qu'il ne considérait pas comme éthique selon son propre point de vue.
En gros, il pardonnait à ceux qui pensait comme lui, ou se remettait à penser comme lui.
Son fils lui succèda sur le trône de Pierre : Innocent Ier.
De là à dire que tout se qui découle de sa pensée n'est qu'innocence, que tout ce qui est en dehors n'est que culpabilité et que ce schéma se répète au delà du Dogme, il n'y a qu'un pas.

En ce moment, au Mémorial de la Paix de Caen (Calvados), pour la modique somme de 3€, vous pouvez admirer une expo menée par Plantu sur la censure et le dessin de presse, ou plus de 70 dessinateurs du monde entier sont représentés. Plus d'info ici.

5 commentaires:

BODARD a dit…

Merci pour cette piqûre de rappel, Guillaume, qui n'est malheureusement pas un rappel historique mais bien un problème d'actualité... voir ici : http://www.feco-france.fr/

Soutenons MARINELA par une mobilisation forte et générale.

Autre lien :
http://www.iconovox.com/blog/2010/05/31/les-peages-de-la-liberte-d-expression/

BODARD a dit…

... sans oublier dans notre beau pays l'expo censurée prévue le 19 mai à Amiens. Détails ici :
http://www.iconovox.com/blog/2010/05/28/une-exposition-de-dessins-censuree/

Guillaume Néel a dit…

La liberté sort des chaines, encore faut-il pouvoir les briser.
Tu as raison Christophe, soutenons Marinela (dont les dessins bien qu'explicites et efficaces ne sont pourtant pas diffamants).
La vérité ne dérange que les coupables, c'est bien connu.

Merci pour ces liens.

Thierry a dit…

Ton billet est excellent, cher Guillaume, ce dont je te remercie. Il est bien, de temps en temps, de remettre les pendules à l'heure.

Guillaume Néel a dit…

Merci Thierry, sa saveur ne s'accroit que parce qu'il est partagé.
Dans la mesure où la liberté des uns s'arrêtent là où commence celles des autres, mais que seul compte celle des puissants, remettre le couvert possède son intérêt...
Perso, j'ai mis à jour mon vaccin en allant voir l'expo international sur la censure et le dessin de presse au Mémorial de Caen (mon fief d'origine).

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